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Avec fierté, notre rédaction a pris la formidable décision de solliciter une entrevue avec celui que nous considérons comme une légende vivante, Amos Coulanges. Auteur, compositeur, guitariste, professeur, ce dernier nous explique de fort belle manière les raisons qui font de la guitare un instrument aussi bien noble que populaire. Il nous parle des styles retenus par la musicologie et des types de guitare qui existent. On apprendra, grâce à cet entretien, que les types de guitare existent selon le style de musique joué.

Boyo Magazine : La guitare est, de loin, l’instrument le plus joué à travers le monde. Qu’est-ce qui explique cet engouement ?

Amos Coulanges : La guitare vient de loin. Elle a eu plusieurs noms : «Kitara» dans l’antiquité grecque, «guiterne» à l’époque de la Renaissance pour accompagner les poèmes des écrivains de la Pléiade et «guitare» de nos jours. Elle est l’instrument des poètes, des troubadours et aussi des nobles. Cet instrument à manche et à cordes pincées a traversé tous les territoires du monde et participe à tous les styles de musique. L’instrument a beaucoup évolué et a profité des trouvailles technologiques du XXe s. avec l’invention des microphones encastrés dans son corps. Les classes de guitare sont surchargées. La guitare est l’instrument idéal pour les conquêtes amoureuses. La Sérénade sous la fenêtre, la jeunesse en raffole. On pourrait expliquer ce succès par la capacité de l’instrument à s’adapter à différentes expressions musicales : classique, folklorique, expérimentale, jazz, Bossa, rock, etc.

Boyo Magazine : Quels sont les différents types de guitare qui existent ?

Amos Coulanges : La musicologie a retenu deux styles de jeu de guitare. La guitare battante et la guitare baroque. Les types de guitare partent de ces deux styles de jeu. Guitare battante signifie guitare d’accompagnement. L’instrumentiste bat le rythme avec les doigts d’une main en plaquant des accords avec l’autre main, tandis que la guitare baroque renvoie à la polyphonie et permet de distinguer l’instrument comme une boîte magique, autonome qui fonctionne comme un petit orchestre. La guitare a beaucoup voyagé. Il existe en Amérique et surtout au Mexique, quantité de types de guitare. L’art des Marachies témoigne bien cela.  Le Jazz, le Rock And Roll emploient la guitare électrique, la Bossa Nova brésilienne sonne avec un instrument à sept cordes. Le Flamenco utilise un instrument à sonorité claire. Les chanteurs-poètes jouent la guitare à douze cordes. Les types de guitare existent selon le style de musique joué. Les guitaristes classiques donnent dans un instrument à six ou à dix cordes.

Boyo Magazine : On dit qu’il existe des instruments nobles, la guitare en fait-elle partie ?

Amos Coulanges : La guitare est l’instrument des pauvres mais donne de la noblesse à la musique, car son histoire est liée à la recherche musicale et acoustique. La division de l’octave en douze demis tons est très visible sur le manche d’une guitare. Les recherches de Pythagore sur le rapport entre les fréquences sonores placent la guitare comme un laboratoire expliquant les phénomènes de Sympathie, des  harmoniques naturelles et artificielles. Les guitaristes reprennent avec goût le répertoire dédié au luth durant les XVIe, XVIIe, XVIIIe s. C’est à la fois l’instrument des nobles et c’est un instrument noble pour sa contribution à la compréhension des problèmes liés à l’acoustique aux échelles, gammes et accords.

Boyo Magazine : En tant que spécialiste de la guitare, peux-tu nous dire quel rôle joue cet instrument dans la musique commerciale haïtienne ?

Amos Coulanges : La musique des bals, des animations festives en plein air tels que le carnaval, les fêtes champêtres, nécessitent des Ensembles, Combos, Bands, avec de la guitare électrique. Le rôle joué par cet instrument y est prépondérant dans les formules d’accompagnement pour compléter le rythme, les percussions (congas, batterie). Son chant fait des commentaires ou des réponses à l’air du chanteur, elle tient la cadence et peut tenir des phrases en solo, comme un chorus de Jazz. Avec deux guitares, les rôles sont bien répartis selon un étagement. Un guitariste joue des cellules rythmiques dans le registre grave tandis que l’autre fait chanter l’instrument dans une tessiture plus haute. Il existe tout une liste de guitaristes qui ont contribué à cette expression musicale avec la guitare électrique dans la musique commerciale haïtienne (Compas, Cadence Rampa, Reggae, chansons poétiques, musiques folkloriques, etc.).

Boyo Magazine : L’homme est, dit-on, musicien par nature. Peut-on dire que l’Haïtien est guitariste dans l’âme ?

Amos Coulanges : L’homme est plutôt le produit de son milieu. En Haïti, la guitare n’est pas un instrument populaire comme en Espagne ou bien comme dans les anciennes colonies espagnoles telles que Cuba, Porto Rico, le Mexique ou encore le Brésil avec les Portugais. Les Français qui ont colonisé Haïti n’ont rien laissé de la sorte. Cependant, la proximité des pays de l’archipel des Antilles facilite la circulation et la propagation de la musique avec de la guitare comme support rythmique et harmonique. S’il y a guitare en Haïti, c’est d’abord grâce à l’Amérique toute entière, à l’esprit d’ouverture des haïtiens et surtout au côté pratique et non encombrant que présente cette boîte magique.

Boyo Magazine : Quels sont les guitaristes d’Haïti qui t’ont marqué le plus ?

Amos Coulanges : Je n’ai pas eu la chance de voir jouer Frantz Casséus, l’un des compositeurs haïtiens à laisser une œuvre importante pour guitare. Toutefois, son œuvre publiée fait parte de mon répertoire. J’ai eu la chance de rencontrer des amis de F. C, tels que  Boston Lhérisson et Camille Latortue qui m’ont parlé de manière élogieuse de F. Casséus. Comme moi, ils aiment tous la guitare classique pour son timbre envoûtant et aussi pour sa polyphonie.

Boyo Magazine : Qu’est-ce que la musique polyphonique ?

Amos Coulanges : La musique polyphonique c’est l’art du contrepoint. C’est l’art de juxtaposer plusieurs mélodies différentes sans casser les oreilles du mélomane. Un mélange de lignes sonores comme de la dentelle de Bruxelles. Un tuilage entre horizontalité et verticalité. La fugue, le canon sont des exemples de musiques polyphoniques.

Boyo Magazine : Dans la reconstruction indispensable d’Haïti, quel rôle peut y jouer la musique ?

Amos Coulanges : La musique adoucit les mœurs. Il existe des programmes d’éducation sociale par la musique. Le programme Systema a fait ses preuves au Vénézuela. (Cohésion sociale, filière professionnelle), tout cela viendra en plus des textes à caractère civique et moral que contiennent les chansons de toutes sortes. Nous devrions reprendre et apprendre la musique des Combites de nos paysans avec des chants qui donnent le tempo et l’harmonie dans le travail ensemble pour le bien commun.

Boyo Magazine : Certaines personnes affirment que la musique est la plus grande industrie nationale. Qu’en penses-tu ?

Amos Coulanges : En termes d’industrie, il manque trop de chose en Haïti.  Pas de luthier, pas de ménétrier, pas de facteur de piano ni d’orgue, ni de réparateur d’instruments. L’industrie du disque et l’édition musicale existent à peine. Non, ce n’est pas une industrie nationale. C’est un bouillonnement sonore en ville avec la radio et la TV qui est pris en charge par quelques commentateurs et annonceurs d’événements festifs, bals, fêtes champêtres, carnavals.

Boyo Magazine : S’il te fallait faire une projection sur une dizaine d’années, comment verrais-tu la vie musicale haïtienne ?

Amos Coulanges : Sur dix ans, il y aura un ministère de la culture qui mettra en place une juridiction pour la protection des œuvres et combattre le piratage et le streaming illégal. Il y aura plus de musiciens formés en Amérique du Nord à vouloir enseigner leur art aux jeunes haïtiens par le biais des master class de toutes sortes. Le ministère de l’éducation nationale militera pour la création de chorales avec des stages avancés pour les chefs de chœurs. La musique retrouvera une bonne place dans l’enseignement primaire, secondaire, supérieur. Les salles de concert vont fleurir partout. Les médias seront plus diversifiés.

Par Pradel SAINT-FLEUR

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